INTERVIEW        
Charles MINGANT, artiste de la couleur
Ses oeuvres, peintures ou sculptures, sont un peu comme une musique. Le pianiste parcourant de ses doigts le clavier fait jaillir de belles harmonies. Charles Mingant, lui, joue sur sa "portée" de couleurs, des couleurs souvent fortes et profondes, qui se heurtent les unes aux autres, s'interpénètrent dans un frottement de textures.

Dans son choix de matière, l'artiste privilégie les travaux à l'huile sur des petits ou des grands formats, mais il s'intéresse aussi au pastel. Au départ de son travail, il y a souvent une image: les musiciens d'un orchestre, une ville de bord de mer avec des bateaux dans son port, etc. Mais très vite les formes se modifient, les lignes prennent leur autonomie et se déploient sur la toile, ne gardant de leur figure ancienne que l'essentiel: le galbe d'une coque de bateau, le mouvement ample du bras d'un homme qui court, la silhouette élancée d'un arbre ou l'S souple et dansant que forme le saxophoniste avec son instrument, autant de lignes de fuite qui emmènent le peintre vers ailleurs. Et si cet ailleurs reste souvent figuratif, "lisible", il l'est à sa manière.

Et parfois les volumes, les sufaces, les lignes du dessin primitif disparaissent totalement, laissant la place à une nouvelle image, très différente de la première esquisse. Pour Charles Mingant, l'abstraction n'est pas un point de départ mais un point de parcours: des lignes et des volumes qui se sont détachés de leur attache réelle.


En sculpture, son matériau de prédilection est le bois: bois régionaux (principalement le chêne, mais aussi le cerisier ou l'if), bois exotiques (particulièrement l'iroko), on retrouve bien dans les volumes qu'il crée cette générosité et cette plénitude de formes propres à sa peinture. On y retrouve aussi l'utilisation des couleurs: souvenir moyenâgeux de la statuaire d'église, où les vierges, les saints et les anges étaient sculptés dans le bois et peints de couleurs vives? Sans doute. Mais l'enjeu qu'y met Charles Mingant est surtout l'approfondissement de son travail sur les volumes: la couleur apparaît, tantôt en trublion pour modifier le jeu des formes, tantôt en servante fidèle, accentuant une courbe, soulignant une incurvation, effilant une verticale, mettant en valeur une ligne du bois.

Jeu de formes, les sculptures de Charles Mingant sont aussi jeu d'espace. La sculpture alors se dédouble, se triple, se quadruple. Et entre ces volumes distincts fixés sur un même socle se crée une connivence mouvante. L'espace se complexifie et oblige l'oeil à des perspectives qui jouent avec les vides: le dialogue comme appel d'air.

Dans sa recherche de matériaux, Charles Mingant travaille aussi la glaise et le granit: la glaise, avec laquelle il crée de petites formes en terre cuite qui permettent ensuite la réalisation de bronzes; le granit, qu'il découvre depuis deux ou trois ans et qui lui permet la fabrication de pièces plus résistantes. Car qui se penche sur la sculpture se confronte nécessairement à son rapport au temps. Bois , bronze, terre cuite ou granit: chaque matériau a son vieillissement propre, sa relation à l'érosion. C'est ainsi que Charles Mingant aime le bois; des oeuvres qui se transforment, qui s'abiment. Plusieurs villes de Bretagne possèdent des sculptures de l'artiste. A Concarneau, l'été dernier, la sculpture faisait même face à la mer. Le bois s'assombrit, se ternit, se fend et la sculpture change, poursuit son évolution au gré des climats et des vents salés . Le bois est l'acceptation de l'éphémère.

Frédérique OTTAVY